22 septembre 2001

Envahir l'Europe de l'intérieur!
Par Steve Requin

       Qu'est-ce qu'ils ont de plus que nous en BD, les Européens? Dans les années 70, ils avaient Superdupont super héros parodique et patriotique. Nous avions le Capitaine Kébec, super héros parodique et patriotique. Ils ont Jérôme Moucherot, banlieusard vivant d'étranges aventures. Nous avons Jérôme Bigras, banlieusard vivant d'étranges aventures. Ils ont Soda, rouquin et américain au service des forces de l'ordre. Nous avons Red Ketchup, rouquin et américain au service des forces de l'ordre. Ils ont Astérix et Obélix, petit brillant et gros benêt, aventuriers. Nous avons Pete Kevlar et Slim, petit brillant et gros benêt, aventuriers. Ils ont Norma, adolescente moche et pot de colle. Nous avons... Ben, la même Norma adolescente moche et pot de colle mais faut avouer que son cas est plutôt exceptionnel!

Puisque, en talent et en créations, nous avons de bonnes raisons de croire que nous sommes d'égal à égal avec les Européens, pourquoi est-ce qu'aucune de nos séries n'arrive à obtenir un succès comparable à leurs équivalents d'outre Atlantique? Toujours les deux mêmes raisons : Parce que les lecteurs de BD d'ici ne sont pas assez nombreux pour constituer un public qui peut faire vivre ses auteurs et parce que les européens acceptent mal l'arrivée d'albums de BD d'ici. Imaginez en plus le peu de chance qu'elles ont d'être acceptées là-bas si elles n'arrivent même pas à faire leurs preuves dans leur pays d'origine.

Or, pour atteindre la notoriété en BD, on ne peut négliger le marché européen car c'est là que se trouve le plus gros bassin de population francophone au monde. La solution : Trouver des entrepreneurs d'ici et les envoyer en Europe ouvrir une maison d'édition. Les bédéistes québécois leurs enverraient des planches, la maison d'édition les publieraient dans un mensuel distribué partout, histoire de se constituer un public. Ensuite, ils feraient des albums avec nos BD et les distribueraient sur place. Et comme tous les albums de BD publiés en Europe, en moins d'un mois on en trouverait dans toutes les librairies d'ici.

Depuis toujours, le courant de la BD francophone part d'Europe pour venir ici. C'est un fait qui n'est pas prêt de changer. Puisqu'on ne peut remonter le courant, on n'a aller se placer à sa source.

Sans se forcer à mettre l'accent sur le Québec dans nos BD, je pense que celles qui le feraient seraient très bien reçues. Beaucoup de BD européennes ont le Québec comme toile de fond : L'album du Scrameustache Le Totem de l'Espace, Les Tuniques Bleues dans L'Or du Québec, Coeur Brulé et Plume au Vent qui sont deux séries issues du Masquerouge de Cothias et Juillard, sans oublier les plus récents albums de la petite Marine de Corteggiani et Tranchand. Il y a même eu pendant longtemps une série nommé Sam et l'Ours publiée dans Spirou. Sam était un trappeur au Québec!

Plutôt curieuse tout de même cette manie qu'ont les européens de situer dans le bois toute BD dont l'action de passe au Québec, non? Heureusement, il y a au moins une exception : Match-Poursuite de la série Les Casseurs de Denayer et Duchateau se passe dans le Montréal de 1982.

Bref, les Européens aiment le Québec dans la BD... C'est juste qu'ils semblent la préférer lorsque ça vient de chez eux. Cette maison d'édition québécoise en Europe semblerait être la solution idéale! Est-ce que quelqu'un possède une coupl' de millions pour aller vérifier si cette théorie se tient?

Comment vous dites? « Millionaire », « québécois » et « BD » sont trois termes qui ne vont pas ensemble pour commencer?

Finalement, ça a ben l'air que la BD d'ici est comme la vision européenne du Québec : Pas sortie du bois!

Steve Requin