7 janvier 2002

Publier au Québec ou en Europe?
Par Paul Roux

       Quel auteur de BD québécois n'a pas déjà rêvé de s'envoler vers Paris ou Bruxelles, son carton à dessins sous le bras et des rêves de grandeur plein la tête? Qui n'a pas déjà espéré publier sa série aux éditions Casterman, Dupuis, Dargaud, Le Lombard ou Glénat, auréolé de la gloire de se retrouver dans la même écurie que ses idoles ou que quelques grands maîtres du 9e art? Nous sommes tous passés par là, c'est dans l'ordre des choses. Quel acteur n'a pas un jour rêvé d'Hollywood?

Ce qui importe, c'est d'en revenir un jour. Rêver de s'expatrier et de publier ailleurs, c'est très bien, mais quelles sont les chances de réussites d'une telle entreprise? Compte tenu des cohortes d'excellents dessinateurs et scénaristes qui se pressent déjà aux portes trop étroites des quelques gros éditeurs de l'Ancien Continent, quelles-sont les probabilités que le rêve de publier chez eux se concrétise? Minces, très minces. Pour preuve, il suffit de regarder le nombre d'auteurs québécois qui ont réussi l'exploit depuis 1896!

À la lumière de tout ceci, ne serait-il pas plus judicieux de songer que, avant d'imaginer aller jouer dans la cour des autres, il serait peut-être souhaitable de commencer par jouer dans la sienne? À l'instar des éditions Mille-Îles, pourquoi ne pas d'abord songer à développer ici la qualité de nos créations et des albums produits ainsi que notre marché local - qui, même s'il est plus petit, existe bel et bien - pour, ensuite, exporter nos albums vers l'Europe? Les Européens le font bien depuis une quarantaine d'années, pourquoi l'inverse ne serait-il pas possible? Il semble assez évident que, pour espérer un jour vivre de son travail d'auteur BD au Québec, il faut éditer nos albums chez nous, avec fierté et détermination.

Là où le bât blesse, c'est que la publication d'albums BD en couleur coûte très cher et que, pour l'instant, peu d'éditeurs ont les reins assez solides pour le faire. C'est un fait. Par contre, il est également vrai qu'avant les années 90, il ne se publiait presque pas d'albums BD en couleur au Québec. Pour réaliser l'immense chemin parcouru en la matière, amusez-vous donc à comparer le nombre de ce type d'albums qu'il s'est publié ici ces huit dernières années. Les plus pessimistes ne pourront nier que le vent commence vraiment à tourner.

Il est indéniable qu'il faut maintenant s'atteler à trouver les moyens de développer le secteur de l'édition; ce qui, par ricochet, offrira de plus nombreux débouchés aux auteurs.

Arrêtons donc de chercher ailleurs ce qu'on pourrait créer chez nous. Ces dernières années, l'opiniâtreté de Serge Théroux et les éditions Mille-Îles ont démontré hors de tout doute que l'édition de bandes dessinées au Québec est possible. Espérons que, sous peu, quelques éditeurs déterminés lui emboîteront le pas.