30 septembre 2001

LES BONS CONSEILS DE PÔPÔ BEAULIEU #1
Il faut parfois souligner l'évident, bon sang!
Par Jimmy Beaulieu

       Pour ma première participation à cette chronique, j'exprimerai, selon l'usage, mon opinion sur les stratégies éventuelles visant à favoriser l'essor de la BDQ.

Bon. Comment peut-on sortir la bande dessinée québecoise de son ghetto, elle qui ne semble intéresser que ses auteurs, Michel Pleau, Michel Viau et William Swift? Comme l'ont si bien exprimé messieurs Roux et Eid sur cet écran, il faut tout d'abord optimiser la qualité de la production. Mais j'aimerais définir quelque peu ma propre vision de «qualité» et proposer en quelques points les modalités de ma version d'une éventuelle «réforme» de la BDQ. Ôh, mes propositions de solutions n'ont rien de bien complexe, mais elles s'appuient sur une solide expérience de libraire combinée avec mes expériences d'auteur et d'éditeur.

En bref: Il faut faire PLUS de BONS (et beaux) livres. Des livres à auteur unique (ou à tandem scénariste/ dessinateur), présentant préférablement une seule longue histoire.

Je m'explique: C'est bien triste, mais les collectifs, ça n'intéresse que nous; les auteurs et intervenants directs. Évidemment, j'exagère un peu, mais ce que je dis ici n'est pas très loin de la réalité. Le collectif, l'expo et l'évènement public sont vus comme une offre par le public. Si un lecteur découvre (par le biais d'un de ces louables efforts de diffusion) le travail de S. Dupuis ou J.-P. Chansigaud, par exemple, il n'a que des échantillons à se mettre sous la dent. Les auteurs devraient, à mon avis, produire en priorité au moins un album destiné à rester. Plusieurs ont la maturité nécessaire, et même souvent suffisamment de matériel éparpillé à gauche et à droite pour combler cette absence de livre. J'ai ressenti ce genre de frustration en 98, lors de l'expo «BD: Bande à part». Je me suis dit: «Wow! Y'a du bon stock! 'Sont où les livres?!». Ces livres n'existaient tout simplement pas.

Pour ce qui est du contenant, il ne faut pas le négliger non plus. La bande dessinée étant un principalement un language visuel, la présentation n'a rien de superficielle. Le lecteur préfèrera payer un peu plus pour un bel objet qu'il souhaitera conserver. Il ne faut pas penser que les gens préfèrent économiser au détriment de la qualité du support. Croyez-moi, en ce qui a trait à la bande dessinée, la lecture est grandement influencée par la maquette du livre. Qu'un libraire me dise le contraire. Il ne s'agit évidemment pas de faire des livres hors de prix, mais se payant simplement une reliure allemande et en évitant les laminages luisants et l'abus de dégradés «photoshop», on peut faire des miracles. N'oublions pas que ça ne coûte pas un sou de plus (ou si peu...) de faire les choses avec goût.

Je parlais aussi de faire des histoires plus longues. Ah! Voilà un aspect plus délicat du problême. Évidemment, c'est difficile. Nous avons tous à gagner notre vie et puis, on veut vivre, aussi. Mais il n'y'a pas vraiment plus d'écrivains québecois vivant de leur plume que d'auteurs de BDQ. Il ne font pas que des recueils de nouvelles pour autant. Eh bien oui, va falloir sacrifier des fins de semaines, des soirées télé et du temps perdu sur internet. Allez, quoi, les gars (et les filles), on lâche nos damnés ordinateurs et on retourne à la table à dessin (hop-hop-hop!).

Il reste encore à définir ma vision d'un BON livre. C'est encore très simple: Un livre où l'auteur ne prend pas le lecteur pour une tarte. Respectons l'intelligence des leceurs et lectrices. On dit souvent que la BDQ «manque de bons scénaristes», ce qui n'est pas si faux. Ce genre de phrase relève cependant de cette idée terriblement réductrice qui veut que la bande dessinée soit un hybride mutant entre la littérature et la peinture (avec des bouts de cinéma). L'intelligence n'est pas le domaine exclusif de l'écrit. Les dessinateurs ont aussi la responsabilité de charger leur travail d'intelligence, de sensibilité et de PROPOS. Il faut aller beaucoup plus loin que les jolies images. Le fond n'appartient pas à l'histoire et la forme n'appartient pas au dessin. La bande dessinée est un language beaucoup plus riche et nuancé.

Dites-vous bien que si j'exprime en ces lignes des propos qui semblent paternalistes, ils me sont adressés en premier lieu (comme le disait ce bon Jean-Paul). J'irai pas montrer à personne comment faire sa job. Et puis, après tout, y'a pas de raison de s'alarmer, les choses s'améliorent d'elles même. Il y'a les gens de La Pastèque et de L'Oie de Cravan qui font un travail remarquable et ceux des 400 Coups qui manifestent de plus en plus la volonté d'améliorer leur production. Mais même si les éditeurs ont la meilleure politique éditoriale au monde, ils ont besoin de BONS livres à publier.

En conclusion, vous trouverez paradoxal que j'annonce la parution de deux collectifs faisant suite à «Avons-nous les bons pneus?» chez mécanique générale pour l'automne. Eh bien vous avez raison. C'est paradoxal.


Jimmy Beaulieu, calibreur de l'emphase