La bande dessinée québécoise existe depuis le 19e siècle. Bien que peu connue, son histoire est riche et captivante. À travers elle, on y retrouve des reflets de l’histoire du Québec moderne.

La section Historique est réalisée grâce à la participation de Michel Viau. Les illustrations sont tirés d'images d'archives.
© Michel Viau / BD Québec


 
 
Sommaire
Introduction
Chapitre 1: Les précurseurs

à venir...
Chapitre 2: La BD religieuse
Chapitre 3: Le Printemps de la BD québécoise
Chapitre 4: Professionnels et associations
Chapitre 5: Fanzines et underground
Conclusion


 



INTRODUCTION




De tous les grands mouvements littéraires issus au XXe siècle, la bande dessinée est sans conteste celui qui rejoint le plus vaste auditoire. Grâce à sa diffusion dans les journaux, la bande dessinée est un art foncièrement populaire, et il n'est sûrement pas d'occidentaux qui n'aient entendu parler de Tintin ni de Superman.

Fruit d'une lente évolution qui a débuté par l'invention de l'imprimerie, la bande dessinée est apparue dans les journaux américains à la toute fin du XIXe siècle. Depuis, il y a eu une expansion progressive des imprimeurs et des réseaux de distribution de bandes dessinées dans le monde entier. Si bien qu'aujourd'hui, la bande dessinée est devenue une industrie importante. Longtemps, les principaux pays producteurs de bandes dessinées ont été les États-Unis, la Belgique et la France. Le Japon, où la BD (appelée mangas) a la faveur populaire dans toutes les couches de la société, s'est accaparé récemment d'une bonne part du marché. Par conséquent, les grandes maisons d'édition tant américaines qu'européennes se livrent maintenant une concurrence féroce. En raison de sa population de six millions d'habitants, le Québec constitue un marché fort étroit, mais les grands éditeurs étrangers ne le boudent pour autant.

Submergée de revues et d'albums de l'étranger, la BD québécoise a bien du mal à survivre. Son cas n'est pas exceptionnel, car le même processus d'envahissement se déroule ailleurs. Les bandes dessinées américaines, franco-belges et japonaises laissent peu de place aux productions locales. Dans le passé, certains pays au marché restreint ont tenté de diminuer et même d'interdire les importations de bandes étrangères soit par l'adoption de lois (comme l'Australie en 1940, et le Portugal en 1950), soit par des campagnes de promotion en faveur de la BD nationale (par exemple la Suède en 1968). Même la France a eu recours à une loi pour protéger son marché contre l'invasion des BD américaines en 1949. Ce n'est pas le cas au Québec où la BD locale n'est pas vraiment connue ni reconnue. Pour bien des gens, il n'y a pas de bande dessinée québécoise si ce n'est quelques fanzines underground et des revues d'humour telles Croc et Safarir.

Pourtant, la BD québécoise est née sous la plume d'auteurs tels Raoul Barré, Albéric Bourgeois et Joseph Charlebois dès le début du siècle. Au fil des années, elle a été un reflet fidèle de la société dans laquelle elle a pris son envol. Son histoire, c'est aussi la nôtre : de l'urbanisation et de l'industrialisation au marasme économique des dernières années en passant par la «grande noirceur», la Révolution tranquille et la montée du nationalisme.
Toutes les étapes qu'a franchies la société québécoise au XXe siècle trouvent leur écho dans la BD d'ici.

Mais la BD québécoise n'a pas évolué en vase clos. Par ses contacts avec les BD européennes et américaines, elle a été marquée par tous les grands courants de l'histoire de la BD, que ce soit les séries humoristiques américaines au début du siècle ou les grandes séries d'aventures au cours de la Seconde Guerre mondiale. Puis, dans les années 1970, les BD franco-belges et l'underground américain l'influencent. Le vent de renouveau qui a soufflé sur la BD européenne au milieu des années 1980 et sur la BD américaine à la fin de cette même décennie et qui a entraîné la création de plusieurs maisons d'édition indépendantes a également influé sur la BD québécoise. Au début des années 1990, alors que la popularité des comic books américains atteint son apogée, les superhéros marquent les planches des jeunes auteurs québécois. Finalement, les mangas japonais influencent à leur tour la BD québécoise.

Malgré toutes ces influences étrangères, la BD québécoise a tout de même trouvé sa propre voie avec des auteurs de talent comme Réal Godbout, Caroline Merola, André-Philippe Côté, Julie Doucet, Guy Delisle, Michel Rabagliati ou Jimmy Beaulieu. Aujourd’hui de plus en plus d’auteurs québécois oeuvrent à l’étranger, tels Jacques Lamontagne, Yves Rodier, Djief et le tandem Delaf et Dubuc, en Europe, ou encore Yannick Paquette, Bernie Mireault, Salgood Sam et Niko Henrichon aux États-Unis. Et si l’histoire de la BDQ peut ressembler à une suite de tentatives plus ou moins fructueuses pour atteindre la reconnaissance des lecteurs, elle n'en demeure pas moins riche et fascinante.


[ Introduction | Les précurseurs (Chapitre 1) ]


La section historique est réalisée grâce à la participation de Michel Viau.
Il est à noter que cette introduction est une adaptation Internet de l'introduction du livre BDQ,
de Michel Viau paru en 1999 aux Éditions Mille-Îles.
Les illustrations sont tirées d'images d'archives. © Michel Viau / BD Québec