Le plus illustre comploteur de la bande dessinée québécoise! Affublé d'un grand chapeau à large rebord, d'une gabardine à collet relevé et d'une cape qui ne laissent dépasser que son nez, le Sombre Vilain n'a qu'un but : devenir maître du monde. En attendant ce grand jour, cet anarchiste d'opérette tue le temps en faisant exploser des boîtes à lettres!

Accompagné de Bill, son fidèle boa, le Sombre Vilain (appelé simplement Sombre par ses intimes) vit dans un bunker, où il se livre à diverses extorsions et conspirations. Génie du mal, il invente la bombe à neutrons de poche, crée la secte secrète du Grand Schnoque, ouvre différentes agences toutes plus suspectes les unes que les autres (Scab Service, briseurs de grèves; Extermination Vilain, débibittage et dépucelage en tout genre, etc.), mais son arme préférée reste le téléphone! Il s'en sert pour faire des appels obscènes ou pour commander des pizzas qu'il fait livrer chez le ministre de la Justice! Et, s'il se trouve un emploi de concierge dans un immeuble d'habitation, il le transforme aussitôt en « HLM à haute sécurité » : il n'hésite pas à prendre les locataires en otages dans les ascenseurs ou à leur lire des romans pornographiques à l'interphone.

Mais certains soirs d'ivresse, un terrible souvenir vient hanter ce sinistre personnage au cœur de pierre : Rita de Panama, sa maîtresse, l'a abandonné en emportant tous ses millions! Et, même s'il fantasme régulièrement sur Carole Laure, ce grand séducteur à l'haleine fétide ne rêve que de retrouver Rita. Il croit même la reconnaître sous les traits de Charlotte Holmes, la policière qui a juré de mettre un terme à ses activités illicites.

Qu'il soit anarchiste, ami de tous les dictateurs et criminels nazis en exil, assassin, felquiste de la première heure, tortionnaire ou grand prêtre du Grand Schnoque, maître chanteur, marchand de bébés, proxénète, trafiquant d'armes et de drogues ou même vendeur de voitures d'occasion, le Sombre Vilain n'a pas fini de profiter de la turpitude humaine pour s'enrichir et pour faire rire.

Né de la plume de Zyx (Jacques Hurtubise), accompagné parfois de son complice Patrick Beaudin au scénario, le Sombre Vilain I-2 paraît pour la première fois dans le catalogue de la Coopérative des Petits dessins, un syndicate québécois, en 1973. Afin de démontrer tout le sérieux de l'entreprise et faire croire à l'existence d'une abondante production à d'éventuels clients, Zyx numérote les trois premières bandes (et les seules qui aient été réalisées) 1, 34 et 65. Choisi avec cinq autres séries produites par la Coopérative des Petits dessins par le rédacteur en chef du quotidien indépendantiste Le Jour, Le Sombre Vilain paraît sous forme de strips (gags en une bande) à partir du 28 février 1974, puis, une demi-page hebdomadaire y est ajoutée à compter du 11 octobre 1975. Le Sombre Vilain devient rapidement la vedette principale du Jour et demeure la seule des séries initiales qui y soit encore publiée lorsque le journal se transforme en hebdomadaire en 1976. Le Jour a également publié une série de 10 demi-pages de jeux animés par le Sombre Vilain : Le Club des conspirateurs, réalisée en collaboration avec Patrick Beaudin et Pierre Fournier.

Le Sombre Vilain paraît ensuite dans l'éphémère revue L'Illustré avant d'être publié pour la première fois en couleurs sous forme de gags d'une page complète (et parfois plus) dans Croc (1979-1983), puis Titanic (1983). La revue d'information sur la bande dessinée BDK lui consacre, en 1976, un fanzine spécial de 38 pages, Spécial Sombre Vilain, et, en 1977, Prisme (no 6) reprend quelques-unes des bandes publiées dans Le Jour l'année précédente. En 1981, les éditions Ludcom publient dans la collection « Croc Album » un recueil en couleurs de gags parus dans Croc, Mort ou vif.



Cette page a été réalisée grâce à la collaboration de Michel Viau pour le texte et la recherche (Copyright © Michel Viau).
Veuillez noter que toutes les illustrations et bandes dessinées présentées ici sont Copyright © Jacques Hurtubise.