Yves Rodier et ses démons



Bien connu des tintinophiles pour avoir osé compléter l’
Alph’art d’Hergé, Yves Rodier est également l’auteur de la série jeunesse Pignouf. Depuis 2005, il réalise, en collaboration avec le scénariste François Corteggiani, Les enquêtes de Simon Nian, un avocat amateur de BD.

Pour souligner la sortie prochaine du second album de cette série,
Les Démons de Pertransac, BD Québec a réalisé une entrevue avec Yves Rodier.


BD Québec : J’ai lu quelque part que le personnage de Simon Nian aurait été inspiré d’une personne réelle. Qu’en est-il vraiment?

Yves Rodier : Pour mettre les choses au clair, le nom et le personnage de Simon Nian viennent d'un de nos amis (à Corteggiani et à moi) se nommant Georges Simonian, avocat passionné de BD, collectionneur d'originaux, courant les salons de BD et les dédicaces... On a presque rien inventé, finalement! Il a vraiment une secrétaire nommée Diana et il se promène à moto (une Honda CityFly)!

Tout vient d'une blague que nous lui avons fait: il nous a rendu un service professionnel en 2002, et pour le remercier, comme c'est un maniaque de Tillieux et de Gil Jourdan, Corteggiani et moi lui avons remis l'original d'une fausse couverture « à la Gil Jourdan » d'une Enquête de Simon Nian.

Quand Jacques Glénat a vu ce dessin, il nous a demandé de créer une série dans ce style, avec ce personnage. La preuve qu'on a rien inventé, voici aussi une photo de Georges, à une séance de dédicaces à Paris, été 2005.


BD Québec : Dans le premier album de la série, Dessine-moi un maton, qui se déroule dans le milieu de la bande dessinée, vous faites flèches de tout bois. Avez-vous reçu des plaintes de gens qui n'ont pas aimé s'y voir dépeint? Aviez-vous des comptes à régler avec le milieu?

 Y. R. : Moi, non! Je suis nouveau et je ne connais pas encore grand monde... François lui, a décoché quelques flèches, mais elles n'étaient pas empoisonnées! Notre but premier était de faire rire! Nous avons fait un amalgame de plusieurs histoires qui circulent dans le milieu de la BD, mélangé plusieurs personnages, avons inventé plein de trucs, plaisanté avec certaines rumeurs, mais il n'y a rien de bien méchant là-dedans... Non, nous n'avons reçu aucune plainte...

Il faut croire que nos prétendues « victimes » ont un meilleur sens de l'humour que l'on veut bien leur prêter! Je crois que la plus grande critique que nous avions à faire reste à l'endroit de la « collectionnite », du marché pécuniaire qui se créé autour de la BD, avec ses revendeurs de dédicaces, ses acheteurs compulsifs d'originaux et ses malades de tirages de tête et de statuettes de collection... C'est une véritable maladie en Europe qui ne nous atteint pas vraiment encore ici, au Québec... Dieu merci!

BD Québec : L'univers de la BD sera-t-il toujours omniprésent dans les enquêtes de Simon Nian?

Y. R. : D'une façon ou d'une autre, oui. Quelques fois ce sera plus discret, comme dans le nouvel album « Les Démons de Pertransac », mais le thème de l'art, la collection des originaux, des antiquités ou des jouets, y sera toujours. Un album futur est déjà planifié qui se passera au Québec dans le milieu du dessin animé, un milieu que je connais plutôt bien!

BD Québec : Après avoir imité le style d'Hergé, voilà que tu dessines à la Tillieux. De quel auteur te sens-tu le plus proche graphiquement?

Sincèrement, je crois que je dessine plus naturellement « à la Hergé ». Mais j'aime beaucoup les ambiances sombres et aussi les contrastes d'ombres et de lumière que Tillieux mettait dans ses dessins... Je pense qu'à la longue, je trouverai un équilibre entre ces deux styles qui me sera plus personnel...

BD Québec : Comment se passe la collaboration avec François Corteggiani? Décidez-vous ensemble de l'histoire ou reçois-tu simplement un scénario à illustrer?

Y. R. : Ça dépend. Pour le premier album, je l'ai dessiné en grande partie chez lui, dans le Sud de la France. Nous étions donc constamment en contact et nous nous renvoyions la balle pour trouver des idées. Mais la trame générale et les dialogues viennent de François.

Pour « Les Démons », ça s'est plutôt fait à distance. François me raconte la trame, puis je lui donne mes impressions, j'essaie de broder un peu là-dessus... mais ce n'est plus aussi simple. Nous en avons longuement discuté au début, j'ai trouvé quelques idées en cours de route, mais François avait sa trame bien établie. Généralement, François a déjà le point de départ de l'aventure avant qu'on en parle.

Le grand problème que nous avons, c'est que nous n'arrivons pas à tout caser ce que nous voulons mettre dans nos albums! Nous devons toujours laisser tomber à contre-coeur deux ou trois scènes... que nous tenterons de replacer dans des albums futurs!

BD Québec : Sur quels projets travailles-tu actuellement? Reverra-t-on un jour Pignouf?

Y. R. : Je planche actuellement sur le 3e album de Simon Nian, « L'exposition Maudite » qui sera un retour de plein-pied dans le monde la BD. Il devrait paraître en France pour Angoulême 2007 (en janvier). Je devrais aussi réaliser quelques illustrations pour Safarir, prochainement...

Ah, Pignouf! C'est drôle, on m'en parle de plus en plus! J'aimais beaucoup ce personnage! David (le scénariste de Pignouf et Hamlet) nous avait d'ailleurs pondu un très bon scénario intitulé « La Griffe du Tigre » que j'avais commencé à illustrer en 2000... Pour l'instant, Simon Nian occupe toute la place, mais un jour futur... pourquoi pas?

BD Québec : Avec le retour du supplément de bandes dessinées Saf-BD dans les pages de Safarir, est-il possible d’y voir paraître un jour de nouvelles aventures de Simon Nian?

Y. R. : Je ne dis pas non! Je ne sais pas encore quel sera le ton du nouveau SAF, mais si Simon Nian n'y détonne pas trop, j'en serais heureux!

BD Québec : Merci, Yves.


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Les images qui illustrent cette entrevue sont © Yves Rodier.
Mise en page par Sayman Phanekham