...rencontre avec Éric Thériault
Entrevue réalisée en janvier 1999. L'entrevue a paru en premier lieu dans le trimestriel Zine Zag.


Michel Pleau: Éric, depuis quand est-ce que tu fais de la BD?
Éric Thériault: Depuis 75-76, quand je faisais des histoires de Fusée XL5 où je dessinais une image par page et que je brochais ensemble. Je les vendais ensuite à mon père pour 10 cents! J'avais 8-9 ans...

MP: En quoi consistaient les histoires de XL5?
ÉT: Eh bien, je m'inspirais de la série télé de Gerry Anderson (celle avec les marionnettes avec les fils visibles!) et je dessinais des histoires de fusées qui voyageaient dans l'espace... Je n'étais pas très fort sur les personnages à cet âge. C'était trop dur à dessiner!

MP: Mais, d'où vient ce goût pour la BD?
ÉT: Voilà la question à cent dollars où l'interviewé n'en sait généralement rien! Je crois que la première impulsion est venue alors que j'étais sûrement bébé et que j'ai vu un dessin animé de Thor à la télé. Des années plus tard j'ai vu les comics Héritage qui traduisaient ce personnage et ça a frappé mon imagination. J'en ai ensuite acheté beaucoup par la suite, et de plein d'autres personnages de la Marvel. À part Fusée XL5, ce sont mes premiers personnages de BD.

MP: Quels ont été les moyens que tu as utilisés pour devenir un des piliers de la bd underground de Montréal?
ÉT: (rire) Bien avant que je n'habite Montréal, j'avais déja mon zine et je l'y ai transplanté. Un zine ça permet de publier d'autres gens et de connaître plein d'autres dessinateurs. Ça crée un milieu, des gens qui aiment se rencontrer, avoir des commentaires et la petite gratification de se voir publier. Alors quand ensuite on se promène et que l'on va voir les lancements de zines des autres ça permet de créer une petite communauté. Il faut dire que je ne suis pas sectaire. Je me tiens autant avec des gens qui font dans l'humour, l'underground, les super-héros. De niveau amateur ou pro. Alors, sur les années ça finit par faire beaucoup de monde.

MP: Et ça fait longtemps que tu es impliqué comme ca?
ÉT: Mon premier zine date de 1982, c'était Meteor. Mais alors la majorité du travail se faisait par correspondance. En m'installant à Montréal, et en faisant Krypton au cégep du Vieux Montréal, ça m'a permis de rencontrer les gens en personne. Le noyau de cette période est encore actif aujourd'hui: Siris, Richard Suicide, Grégoire Bouchard. Julie Doucet était aussi au Cégep à ce moment là, même si elle n'y a pas publié. On a tous continué de se suivre par la suite. Ça fait presque une quinzaine d'années.

MP: Et parmi toutes tes expériences, y en a t-il une que tu as le plus appréciée qu'une autre?
ÉT: J'ai toujours aimé les comic books et j'ai longtemps voulu y voir mes trucs publiés. Alors, la première fois que j'ai été publié dans Real Stuff chez Fantagraphic, j'ai eu l'impression d'avoir franchi une étape importante. Chaque fois que je publie à l'étranger dans des endroits inusités, c'est un petit plaisir. Par exemple, je suis un criminel de guerre: j'ai publié en Serbie alors que le pays était sous total embargo international (1994). Dans ces conditions, seuls peuvent entrer au pays les médicaments et le courrier non-commercial. Sasa Rakezic, mon correspondant, m'y a publié dans Patagonija.

MP: C'est cette passion pour le comic book que l'idée du personnage de Veena t'est venue à l'esprit?
ÉT: J'étais retourné à faire des histoires de XL5 il y a une dizaine d'années, sur la suggestion de Luc Giard, avec qui je jasais pas mal. Il était un grand fan des des Sentinelles De L'Air dont il faisait des dessins et ça me semblais aller de soit d'en faire d'XL5 qui était ma série favorite enfant. Mais, pièce par pièce remplacé les personnages de la série. Entre autres, l'héroïne Venus était une blonde et je l'ai remplacé par une orientale, juste pour le plaisir du dessin. Après quelques histoires le personnage est resté, mais tout le reste a pris le bord. Et j'ai changé le nom un peu.

MP: Est-ce que Veena aura de nouvelles aventures bientôt?
ÉT: Elle commencera par terminer celle qui est longtemps restée inachevée : " Veena and the Time Machine ". L'histoire sera reprise et terminée dans le comic book, du numéro 1 à 3. Il y a aussi une autre histoire, de fantôme celle-là, dans le #3.

MP: Est-ce ton projet pour les prochains mois, années?
ÉT: Oui, en avril prochain, Veena deviendra un comic book. On pourra le trouver chez les comic shops qui le commanderont puisque j'ai un distributeur américain. C'est un format mixte avec une longue histoire de Veena et plusieurs récits complets par numéro. Les 3 premiers sont prêts et sortiront aux 2 mois. Ensuite je prévois continuer mais à mon rythme. Ça va être mon forum où je peux mettre tout ce qui me plaît, et le rendre disponible. En même temps, avec un groupe de dessinateurs qui resteront secrets pour l'instant, on prépare un album sur le monstre de Frankenstein. Plusieurs auteurs différents apportent chacun leur twist au personnage. Ce projet-là sera, lui, en français.

MP: C'est un projet, qui me semble apparent à celui de Vampires?
ÉT: Oui, c'est un peu Vampire volume 2. Mais tout est différent : le format et les auteurs. Beaucoup de gros noms mais je vais attendre un peu pour donner la liste!

MP: Parmi la grande liste d'auteurs, as tu des préférences?
ÉT: J'aime beaucoup ceux d'une certaine époque de Metal Hurlant: Chaland, Clerc, Loustal, Sire, Dodo-Ben Radis, Trambert. La ligne claire en général et son sens de la lisibilité et de l'esthétique. D'un autre côté, j'aime les Américains alternatifs comme Dan Clowes, Charle Burns, Peter Bagge, Jim Woodring, Crumb.

MP: Et du côté du Québec?
ÉT: Là le plus important pour moi c'est le duo Loth-Montour (Atlantic City). Et de près viennent Fournier et Godbout.

MP: Mis à part la BD, as-tu d'autres activités, des passions?
ÉT: Je fais de la photo. Je répertorie les vieux édifices d'une autre époque. Ceux qui semblent sur le point de disparaître, d'être rénovés. Histoire de conserver l'air du temps. J'en fais une photo et généralement peu après, mon flair est juste. Plusieurs édifices ont pris en feu peu après...

MP: Merçi beaucoup Éric, et bon succès!
ÉT: Bienvenue.